
LA PAROLE AUX CHERCHEURS LAURÉATS 2025 – Diagnostiquer une tumeur cérébrale par une prise de sang
Le professeur Delphine Poncet est spécialiste en pathologie moléculaire à l’Université Claude Bernard Lyon 1 et aux Hospices civils de Lyon. Elle étudie le rôle des télomères (extrémités de nos chromosomes) dans l’origine des gliomes (INMG, CNRS 5261 -INSERM U1315) et développe de nouveaux marqueurs diagnostiques dans l’unité de biologie moléculaire du service d’ACP des HCL.
Quel est l’objectif du projet ?
Le diagnostic des tumeurs cérébrales repose classiquement sur la combinaison de l’observation des tissus et des cellules au microscope et l’analyse de la présence de certaines protéines au microscope par les médecins anatomopathologistes d’une part, et l’analyse d’anomalies de l’ADN des tumeurs par les biologistes en génétique moléculaire d’autre part. Cela nécessite donc que toute ou une partie de la tumeur soit prélevée par une opération chirurgicale. Celle-ci peut s’avérer très complexe et quelquefois impossible à réaliser sans exposer à une séquelle neurologique, voire risquer la vie des patients. Pour sécuriser et faciliter le diagnostic, nous travaillons sur une option alternative, celle dite des « biopsies liquides ». Elles permettent, à partir d’un fluide biologique du patient, par exemple du sang ou du liquide céphalo-rachidien, d’établir le diagnostic sans nécessité de passer par une opération.
Comment allez-vous procéder ?
Alors que l’approche visant à chercher dans le sang l’ADN tumoral porteur d’une mutation et libéré par la tumeur dans la circulation est déjà passée en routine diagnostique pour certains cancers, elle ne fonctionne pas pour les gliomes. Nous travaillons donc sur d’autres biomarqueurs. Nous avons ainsi identifié une nouvelle famille d’éléments circulants sanguins, qui pourraient permettre le diagnostic des gliomes. Il s’agit de petites boucles d’ADN se refermant en cercle, appelées « ADN circulaires circulant », libérées dans le sang par les cellules tumorales. Analyser leur contenu et le point de soudure du cercle pourrait permettre de diagnostiquer les gliomes, mais aussi de savoir à quel sous-type ils appartiennent précisément. Cette recherche sera menée par le Dr Pierre-Adrien Buffoni dans le cadre d’une thèse de sciences et bénéficiera du travail de Clémence Guerriau, technicienne de recherche, qui a mis en place une bio-banque de prélèvements sanguins provenant de patients volontaires, que nous allons pouvoir à présent étudier.
Quelles sont les perspectives attendues pour les patients ?
L’analyse exhaustive de ces petits éléments circulaires est possible grâce à une nouvelle technologie de séquençage dite de « 3e génération ». Avec le soutien de l’ARTC, nous allons pouvoir, sur des échantillons de sang de plusieurs classes de gliomes déjà collectés, identifier les cercles les plus intéressants et les proposer comme marqueurs diagnostiques. Dans un second temps, nous évaluerons la capacité de ces marqueurs à détecter les récidives avant l’IRM, afin de pouvoir adapter le traitement sans perdre de temps.